Objet littéraire déconcertant, L’hyper Justine de Simon Liberati
procède du conte amoral à la manière d’un Sade moderne. Lors d’une longue nuit
d’insomnie dans une société parisienne au vitriol, l’auteur prend la plume pour dresser le
portrait d’un univers élitiste peuplé de personnages révulsant qui s’adonnent à toutes les perversions.
Marie-Thérèse Adélaïde Atalante
de Vermandois dite Thérèse Legros du nom de sa nourrice, 71 ans, ancienne
employée de Mme Claude, ex-maîtresse de Jackie Onassis, patiente du Dr Ferdière
disciple de Lacan, reçoit dans son hôtel particulier de la place Vendôme, un Paris
interlope et décadent où libertinage et vices s’épanouissent jusqu’à la nausée.
Cadavre vivant au pied bot, fascinant repoussoir, icône de l’art contemporain
en proie aux affres de la vieillesse, elle lutte contre la maladie d’Alzheimer,
en se remémorant les détails de sa riche et tortueuse existence. Accompagnée de
sa suite, Sofia Coppola a investi les lieux en préparation d’un nouveau film
dont Thérèse a inspiré le scénario, l’histoire d’une escort girl de Madame
Claude utilisée comme appât
sexuel lors du putsch islamique au Yémen en 1977 et morte lapidée. Pierre
al-Hamdi, petite gouape d’origine libanaise, charmeur, brutal, tout droit sorti
d’un roman de Genêt, fils de la martyre, s’invite à la fête pour chercher la
vérité et venger sa mère.
L’élégance perverse de ce roman
lucide, vorace met en lumière la corruption de la société, sa totale immoralité
et la déchéance des êtres qui la compose. Jeunes femmes sous influence, vénus
mercenaires éternelles, fonds de tiroir de la téléréalité, lesbiennes hors d’âge, journaliste de Vanity
Fair venu rédiger une sorte de nécrologie de l’artiste tant qu’elle est en
mesure de répondre aux interrogations qui planent sur sa vie et son oeuvre,
élite intellectuelle décadente et vaine complètent le tableau.
Ce conte cruel, vénéneux à l’architecture singulière
et sophistiquée révèle les travers les plus sombres du monde contemporain, la prééminence
obscène de l’argent, l’obsession des
apparences. L’occasion pour l’auteur d‘explorer
ses thèmes de prédilection : la prostitution, le sadomasochisme, le sexe, la
décapitation. La vulgarité des personnages est mise en exergue par le raffinement
de la plume, la qualité de l’écriture. Simon Liberati partage son amour de la
langue, dans un style racé dont le maniérisme sied à l’esthétique baroque de
son univers « morbid chic » nouveau genre littéraire dont il est l’unique
représentant. Texte néo-lacanien peuplé de revenantes sado-maso qui hantent un microcosme
violent et fétichiste, L’hyper Justine explore le ressenti et
l’expression du désir sous sa forme la plus perverse, hyperbole cynique et érudite
truffée de références pointues, tableau
sans concession d’une réalité sordide.
L’hyper Justine de
Simon Liberati - Editions Flammarion - Prix de Flore 2009

5 commentaires :
Ce roman me tente bien. J'en avais un peu entendu parler, mais sans plus...
C'est un roman particulier, vénéneux. Il a fait un mini scandale à sa sortie dans le monde littéraire, scandale couronné par un prix de Flore donc...
Très bel article, vraiment bien écrit.
Du coup ça me donne envie de lire le livre :)
Je ne l'aurais probablement pas acheté si je n'avais pas lu ton article... Mais ça y est c'est commandé!
@ Isaline : Merci. J'étais un peu inquiète, le livre étant juste improbable à résumer. :)
@ Marie-Cécile : J'espère qu'il te plaira. Parfois je me dis que j'ai des goûts particuliers en matière de littérature. Plus sensible au style qu'à l'histoire notamment. J'ai très envie de lire la biographie de Jane Mansfield du même auteur pour voir si en décalage avec le microcosme parisien, il parvient à garder une plume aussi fascinante.
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