samedi 16 mars 2013

Photo : L'histoire de la série Women in bubble de Melvin Sokolsky pour Harper's Bazaar 1963

©Melvin Sokolsky - Bulle sur la Seine - Harper's Bazaar - 1963

Pionnier de l’illusion dans la photo de mode, bien avant l’ère de la retouche numérique, Melvin Sokolsky a révolutionné l’esthétique sur papier glacé. L’âge d’or des magazines américains, de 1955 à 1970, permet à toute une génération de photographes d’imposer une vision totalement neuve. Les périodiques deviennent une plateforme d’expression personnelle avant que les impératifs commerciaux ne prennent le dessus sur la créativité. Melvin Sokolsky est au centre de cet héritage précieux, aujourd’hui célébré par nos contemporains. Ses photos étonnantes, pleine d’une inventivité sans limite allient une technique pointue, raffinée au service d’un flux d’idées audacieuses. Il est l’un des premiers à saisir le pouvoir de l’image et à transcender le concept spatial.


©Melvin Sokolsky - Pont Alexandre III - Harper's Bazaar - 1963
©Melvin Sokolsky - Cracheur de feu sur les quais - Harper's Bazaar - 1963
©Melvin Sokolsky - Bulle à Paris - Harper's Bazaar - 1963


Melvin Sokolsky débute sa carrière chez Harper’s Bazaar en 1959 à l’âge de 21 ans, recruté par Henry Wolf. Ce directeur artistique prolifique possède une vision moderne qui le pousse à innover et à repenser entièrement l’esthétique proposée par les magazines en s’entourant notamment d’une jeune équipe pleine d’idées et d’audace. 

Le travail de Melvin Sokolsky est particulièrement influencé par l’art : les surréalistes Paul Delvaux, Salvador Dali, Francis Picabia mais également Diego Vélasquez et ses intérieurs, les maîtres flamands Jan Van Eyck, Rogier Van der Weyden, Jérôme Bosch et Pieter Brueghel. Comme dans la peinture de Balthus, il s’intéresse au mouvement du corps sous les vêtements, à la femme devant l’objectif plutôt qu’aux chiffons. 


©Melvin Sokolsky - Bulle à New York - Harper's Bazaar 1963

©Melvin Sokolsky - Lips streak - Donna Mitchell 1967
©Melvin Sokolsky Big chair and table Harper's Bazaar 1963


Les effets spéciaux qu’emploie Melvin Sokolsky, réalisés sans la technologie moderne, sont le résultat d’expérimentations sans cesse renouvelées, d’un travail artisanal subtil et d’une imagination débordante. Il voue une véritable passion à la technique qui se traduit dans son travail par un raffinement de la texture, de la finition, une obsession pour la lumière. Il invente des systèmes d’éclairage comme le Kino Flo, boîte à néons qui lui sert notamment à maquiller de lumière ses modèles. Jusqu’en 1975, il travaille pour les plus grands magazines Esquire, Newsweek, McCall’s, Show. Il se consacre ensuite de 1975 à 2000 au métier de réalisateur dans la publicité avant de revenir à la photographie de mode pour Harper’s Bazaar.


©Melvin Sokolsky - Bulle à Paris - Harper's Bazaar - 1963
©Melvin Sokolsky - inspiré de Paul Delvaux - Harper's Bazaar - 1963
©Melvin Sokolsky - Bulle dans une cour d'école - Harper's Bazaar - 1963

La série Women in Bubble réalisée lors des collections printemps à Paris en 1963 pour Harper's Bazaar est l’une de ses plus célèbres réalisation. Connaissant ces photos sans en connaître l’histoire, je me suis donc lancée dans des recherches qui ont menées à ce billet. Tribut plein d’humour à la fantaisie de la mode parisienne, ces clichés sont emblématiques de l’évolution de la photographie, cette nouvelle vision que Melvin Sokolsky a su imposer avec talent. 


Jérôme Bosch - Le jardin des délices


L’inspiration lui vient du souvenir d’un tableau de Jérôme Bosch, Le jardin des délices, dans lequel on peut observer des personnages dans des bulles transparentes. Il ne reste plus qu’à trouver les astuces pour que la magie opère. Melvin se rend à Long Island pour faire fabriquer les bulles en plexiglas par des ingénieurs en aéronautique, des sphères de plastique jointes en laissant suffisamment d’espace entre les deux parties pour pouvoir laisser passer l’air. Le système de charnières, s’inspire des œufs de Fabergé avec des articulations situées sur le haut de la bulle afin de permettre un accès facile au mannequin. Les bulles sont suspendues à une grue par des câbles d’aéronef de 8 pouces, câbles dont il fait disparaître la trace en grattant le négatif de la pellicule créant l’illusion parfaite.


©Melvin Sokolsky - Bulle à Paris - Harper's Bazaar - 1963
©Melvin Sokolsky - Bois de Boulogne - Harper's Bazaar - 1963
©Melvin Sokolsky - Bulle à Paris - Harper's Bazaar - 1963


Du côté du casting, il s’agit de trouver des modèles qui supporteraient d’entrer dans la bulle sans paniquer ni souffrir de claustrophobie et c’est naturellement vers son modèle fétiche, Simone d’Aillencourt que le photographe se tourne. C’est avec malice que Melvin Sokolsky raconte les quelques soucis techniques inhérents à la mode auquel l’équipe doit faire face pendant le shooting. Le vent souffle terriblement sur les quais de la Seine et le temps de la mise en place de la bulle entre la grue, l’ouverture de la coque, Simone est littéralement ébouriffée. Au final le coiffeur rejoint le mannequin dans la bulle afin de lui arranger son chignon directement à l’abri des bourrasques. Toujours le matin du shooting sur la Seine, le grutier en charge des manipulations de la bulle laisse trop de lest au câble plongeant une partie de celle-ci dans le fleuve, inondant Simone jusqu’à mi-mollet et ruinant au passage une paire de souliers de créateur prêtés pour l’occasion. 


©Melvin Sokolsky - Women in bubble - making off - 1963
©Melvin Sokolsky - Women in bubble - making off - 1963

Bulles en plexiglas dérivant sur la Seine, modèles devenues minuscules en les plaçant à côté de meubles gigantesques -référence à Alice aux pays des merveilles, mannequins en lévitation, mobilier fixé au plafond renversant l’apesanteur et nombreux portraits de célébrités sont autant de clichés qui ont marqué l’histoire de la photographie.

Retrouvez le travail de Melvin Sokolsky sur ses sites officiels :


Et n'oubliez pas, le grand concours Lubie Vernis est toujours en  ligne. A gagner, la collection OPI feat James Bond Skyfall soit 12 vernis de toute bôté ! C'est ici que ça se passe :  http://parisianshoegals.blogspot.fr/2013/02/grand-concours-lubie-vernis-gagner-la.html

3 commentaires :

Anne Lise GULLY a dit…

merci beaucoup pour ce billet super intéressant! C'est vrai qu'on est tellement dans le photoshopé, le picassé qu'on ne s'interroge pas toujours ( plus) sur le pourquoi-comment. Et ces photos de 1963, elle sont d'une telle modernité! Magnifique!

geblust a dit…

Super article!

Caroline a dit…

Ces photos sont ultra connues sur le web et je me demandais d'où elles venaient. Curiosity killed the cat ;)